En bref
- • Le congé paternité du TNS dure 25 jours (32 en cas de naissances multiples), à prendre dans les 6 mois suivant la naissance.
- • L'Assurance Maladie verse une indemnité journalière forfaitaire de 65,84 €/jour en 2026, soit ~1 646 € pour 25 jours — identique quel que soit votre revenu.
- • Ce forfait est déconnecté de vos revenus : plus vous gagnez, plus votre perte réelle est grande.
- • Conditions : 6 mois d'affiliation et interruption totale de l'activité (déclaration sur l'honneur).
- • La plupart des prévoyances individuelles ne complètent pas la paternité — vérifiez la garantie exacte avant de compter dessus.
Devenir père quand on est à son compte, c'est cumuler deux inquiétudes : celle, universelle, d'accueillir un enfant, et celle, plus prosaïque, de voir son chiffre d'affaires s'arrêter net pendant qu'on est absent. Contrairement à une idée reçue, le travailleur indépendant (TNS) a bien droit à un congé paternité indemnisé. Mais l'indemnisation est forfaitaire, souvent bien en deçà du revenu réel, et la prévoyance ne vient que rarement combler l'écart. Voici ce qui existe vraiment, sans survente.
Le congé paternité du TNS : ce que dit la loi
Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2021, la durée du congé paternité et d'accueil de l'enfant est identique pour les salariés et les indépendants :
- 25 jours calendaires pour une naissance simple ;
- 32 jours calendaires en cas de naissances multiples (soit 25 + 7 jours).
Ces jours sont calendaires : week-ends et jours fériés sont comptés. Le congé peut être fractionné en plusieurs périodes, ce qui est précieux pour un indépendant qui préfère lisser son absence plutôt que de fermer boutique un mois d'affilée. Il doit toutefois débuter dans les 6 mois suivant la naissance de l'enfant.
Attention à ne pas confondre deux logiques. Chez le salarié, une partie du dispositif (le congé de naissance et les premiers jours de paternité) est obligatoire et rémunérée par l'employeur. Le TNS, lui, n'a pas d'employeur : pour lui, il n'y a ni jour obligatoire imposé ni maintien de salaire automatique. Il n'y a qu'un droit à des indemnités journalières, versées à la condition de cesser réellement de travailler. Prendre son congé relève donc d'un arbitrage économique personnel, pas d'une obligation légale.
L'indemnité journalière forfaitaire de la CPAM des indépendants
Pendant le congé, l'indépendant ne perçoit pas un pourcentage de son revenu, mais une indemnité journalière forfaitaire versée par l'Assurance Maladie (la CPAM gère désormais le régime des indépendants, ex-Sécurité sociale des indépendants).
Au 1er janvier 2026, cette indemnité s'élève à 65,84 € par jour. Elle est calculée sur la base de 1/730e du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), ce qui explique sa revalorisation chaque année. Concrètement, pour un congé complet :
- 25 jours × 65,84 € = environ 1 646 € pour une naissance simple ;
- 32 jours × 65,84 € = environ 2 107 € pour des naissances multiples.
Pour y avoir droit, deux conditions cumulatives s'appliquent :
- Une ancienneté d'affiliation d'au moins 6 mois au titre d'une activité indépendante, à la date présumée de l'accouchement ou du début du congé ;
- Une interruption totale de l'activité pendant toute la durée du congé, attestée par une déclaration sur l'honneur.
Ce second point est déterminant. L'indemnisation n'est pas une prime de naissance versée sans contrepartie : elle compense un arrêt réel. Un indépendant qui continue à facturer, à honorer des rendez-vous clients ou à piloter son activité pendant son « congé » ne remplit pas la condition et s'expose à un refus, voire à une demande de remboursement.
Dernier point à connaître : si votre revenu annuel moyen des trois dernières années est inférieur à 4 582 € (seuil 2026), l'indemnité est réduite à 10 % du montant plein, soit environ 6,58 €/jour. Cette minoration concerne surtout les micro-entrepreneurs à très faible chiffre d'affaires, pour qui l'indemnisation paternité reste largement symbolique.
Le piège du forfait : pourquoi les gros revenus y perdent
Le mot « forfaitaire » n'est pas anodin. Il signifie que l'indemnité est la même pour tout le monde : le boulanger qui dégage 25 000 € par an et le chirurgien-dentiste qui en dégage 150 000 € touchent tous deux 65,84 €/jour. L'indemnisation n'est pas proportionnelle au revenu, contrairement à ce qui se pratique pour les salariés.
La conséquence est simple : plus votre revenu est élevé, plus votre perte réelle pendant le congé est importante. Le forfait couvre une part significative du manque à gagner d'un revenu modeste, mais une fraction dérisoire de celui d'un professionnel bien rémunéré.
| Profil TNS | Revenu quotidien estimé* | Indemnité forfaitaire | Taux de couverture |
|---|---|---|---|
| Micro-entrepreneur (24 000 €/an) | ~66 € | 65,84 € | ~100 % |
| Artisan (45 000 €/an) | ~123 € | 65,84 € | ~53 % |
| Profession libérale (100 000 €/an) | ~274 € | 65,84 € | ~24 % |
*Revenu net annuel ramené à 365 jours, à titre illustratif. Le taux de couverture compare l'indemnité forfaitaire à cette base.
Cette mécanique du forfait n'est pas propre à la paternité : elle se retrouve dans une partie des indemnités journalières des indépendants. Si le sujet vous intéresse pour vos arrêts maladie, nous l'avons détaillé dans notre guide sur les IJ forfaitaires ou proportionnelles pour un TNS.
Ce qu'une prévoyance peut — et ne peut pas — compléter
C'est ici qu'il faut être honnête, car beaucoup de contenus laissent entendre qu'une prévoyance « complète le congé paternité ». Dans les faits, c'est rarement le cas.
Un contrat de prévoyance TNS est d'abord conçu pour couvrir trois risques : l'arrêt de travail pour maladie ou accident (indemnités journalières), l'invalidité et le décès. Or le congé paternité n'est pas un arrêt de travail pour maladie : c'est un congé social prévu par la loi. La plupart des contrats individuels excluent donc naturellement la paternité de leurs garanties « incapacité temporaire ».
Ce qui existe réellement, chez une minorité d'assureurs, se limite à :
- une prime ou allocation de naissance forfaitaire, versée en une fois (montant variable, souvent quelques centaines d'euros) ;
- une garantie maternité/paternité optionnelle, prévoyant une indemnité journalière complémentaire sur une durée plafonnée ;
- plus fréquemment, une couverture des complications médicales autour de la naissance, qui relève alors de l'arrêt maladie classique — mais pas du congé paternité lui-même.
Autrement dit, si vous voulez que votre prévoyance vous verse quelque chose à la naissance de votre enfant, ce ne doit pas être une supposition : cela doit être écrit noir sur blanc dans les conditions générales, avec un montant, une durée et des conditions d'ouverture précis. En l'absence d'une telle clause, votre seul revenu de remplacement sera le forfait de 65,84 €/jour de l'Assurance Maladie.
Le bon réflexe
Ne souscrivez pas une prévoyance « pour le congé paternité » : ce serait payer cher une garantie marginale. Souscrivez-la pour le vrai risque — un arrêt long qui coupe vos revenus pendant des mois — et considérez une éventuelle prime de naissance comme un bonus, jamais comme la raison d'être du contrat.
Le cas des professions à caisse spéciale (CARMF, CIPAV, CARPIMKO…)
Les professions libérales — médecins, avocats, kinés, infirmiers, architectes — cotisent à une caisse spécifique pour leur retraite et leur régime invalidité-décès obligatoire : CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux, CIPAV pour de nombreux libéraux non réglementés, CNBF pour les avocats, etc.
Une question revient souvent : ces caisses versent-elles un complément de congé paternité ? Généralement, non. L'indemnité journalière forfaitaire de paternité est servie par l'Assurance Maladie, y compris pour les libéraux affiliés à une caisse spéciale — le montant reste le même 65,84 €/jour. Les caisses de retraite, elles, interviennent sur d'autres terrains :
- le régime invalidité-décès obligatoire (rentes, capital décès), qui ne concerne pas la paternité ;
- parfois des aides ponctuelles ou une exonération temporaire de cotisations autour de la naissance, à vérifier au cas par cas auprès de sa caisse.
Le message reste le même pour tous les statuts : le socle paternité est un forfait modeste et uniforme, que ni la caisse spéciale ni, dans la majorité des cas, la prévoyance individuelle ne viennent significativement rehausser.
Les démarches, étape par étape
La procédure est heureusement simple et gratuite. Elle repose entièrement sur l'Assurance Maladie :
- Anticipez la date. Le congé doit démarrer dans les 6 mois suivant la naissance. Prévenez vos clients ou reportez vos missions pour organiser une interruption réelle.
- Rassemblez les justificatifs. Acte de naissance (ou copie du livret de famille), et selon le cas, justificatif de filiation ou de lien avec la mère.
- Adressez votre demande à la CPAM. Transmettez les pièces à votre caisse d'assurance maladie, accompagnées de la déclaration sur l'honneur de cessation d'activité pour la période concernée.
- Interrompez effectivement votre activité. C'est la condition de fond : pas de facturation, pas de rendez-vous professionnel pendant les jours indemnisés.
- Recevez vos indemnités. Elles sont versées directement par l'Assurance Maladie après traitement du dossier, sans démarche auprès de votre caisse de retraite.
Si l'arrêt survient dans un contexte de complications (hospitalisation de l'enfant, par exemple), des dispositifs spécifiques peuvent prolonger l'indemnisation : renseignez-vous auprès de votre CPAM, qui reste l'interlocuteur unique.
À retenir
Le congé paternité du TNS est un droit réel mais modestement indemnisé : 65,84 €/jour en 2026, à condition de cesser vraiment de travailler. Ce forfait pénalise les revenus élevés, et la prévoyance ne le complète qu'exceptionnellement. La vraie priorité pour un indépendant n'est pas de couvrir une dizaine de jours de paternité, mais de se protéger contre un arrêt long — c'est là que se joue la solidité financière de votre foyer. Pour comparer des garanties adaptées à votre statut et à votre revenu, notre devis prévoyance gratuit vous donne une base de discussion en 24 h.
